Tombé dedans quand j'étais petit.....?

Vous demandez sans pourquoi cette expression ( empruntée à Obélix ) en titre de mon blog...

Si vous êtes assez patients pour lire ce qui suit, vous comprendrez sans doute le pourquoi du comment de la chose......

Allo... Allo Moncheaux.... ici Raimbeaucourt... le train vient de Partir !......

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La voix qui résonne ainsi dans le bureau de la petite gare au milieu des années 50, c'est celle de ma Tante, Chef de Gare à Raimbeaucourt depuis 1952. J'ai, à l'époque, 7 / 8 ans et pendant les vacances scolaires, je passe régulièrement quelques jours chez cette tante qui est la soeur aînée de ma Mère.

Ce matin un coup de sifflet m'a réveillé ainsi que la campagne endormie. Je me précipite à la fenêtre de la chambre qui donne directement sur le quai de la gare et je l'ouvre juste à temps pour voir le premier train de la journée arriver de Pont-la-Deûle. Ce premier train s'arrête toujours, au moins quelques instants, pour déposer ou prendre quelques colis.

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Cette petite gare de campagne se trouve sur une ligne privée qui relie Pont à Marcq et Pont de la Deûle, deux communes situées au sud de Lille. la ligne est longue d'un trentaine de kilomètres et a été mise en service en septembre 1896. Neuf gares ont été construites sur ce parcours en plus de celles d'arrivée et de départ et 8 haltes sont également desservies sur le parcours.

http://home.nordnet.fr/~bbeghyn/PP.htm

raimbeaucourtParfois L'arrêt du premier train de la journée se prolonge, en effet, la gare de Raimbeaucourt posséde une voie de débord sur laquelle le PP laisse de temps en temps un ou plusieurs wagons qu'il reprendra le soir ou le lendemain quand les destinataires seront venus les vider ou le remplir de marchandises.

A chaque fois c'est un spectacle que je ne saurai manquer, soit installé à la fenêtre de la chambre ou sur le quai de déchargement avec l'interdiction absolue de bouger ! pensez donc un train qui manoeuvre en gare !

Loco_PMPDIl n'y a pas de personnel de manoeuvre, aussi c'est le chauffeur qui coupe le train, le mécanicien le fait alors avancer de quelques dizaines de mètres jusqu'à l'aiguillage là bas de l'autre côté du passage à niveau, le Chef de train manoeuvre l'aiguillage et le train refoule jusqu'au quai, on décroche les wagons qui doivent rester sur place puis le train refait le parcours inverse et récupère ses wagons restés sur la voie principale. Ma Tante échange quelques papiers avec le chef de train, 2 coups de sifflet de celui-ci auxquels la locomotive répond de la même manière et le train s'ébranle en direction de Moncheaux.

Je revois encore ce chef de train, alors que le PP prend de la vitesse, courir quelques mètres, saisir la main montoire et d'un saut habile monter sur le marchepied du fourgon de queue. Un petit signe de la main, les barrières du passage à niveau qui se lèvent et ma tante se presse vers le bureau pour saisir le téléphone et prévenir la gare suivante que le train est parti dans sa direction.

image006

image010A cette époque il y 2 ou 3 Trains par jour dans chaque sens, mais durant la saison des betteraves, c'est souvent plus d'une dizaine car la ligne dessert également la Sucrerie Béguin à Thumeries.

http://pagesperso-orange.fr/jean-claude.collerie/pp.htm

Quelquefois, quand le passage des trains est très rapproché et par les jours de mauvais temps, nous restons dans la guérite du passage à niveau. Pour passer le temps, je feuillette la Vie du Rail ( Passionnant ...) ou quelques livres ou cahiers de devoir de vacances ( Nettement moins passionnant....! ). Il y un poële que ma Tante a allumé pour nous tenir chaud, et de temps en temps, lorsqu'un train est annoncé j'ai le privilège de pouvoir actionner la manivelle pour abaisser ou relever les barrières, mais Attention ! tout en douceur, sans à-coups et sous l'oeil vigilant de la maitresse des lieux.

Moi je m'appelle Jacques Cuvelier, je vois le jour à Pont à Marcq en 1950, à cette époque le PP fait partie de la vie courante et le souvenir de la collision ferroviaire du 17 février 1948 est encore trés présent dans l'esprit des habitants de la région.lvn_2020040214_20commemoration

http://lesamisdupp.free.fr/recit%20marquis.htm

A l'époque mes Grands Parents Paternels habitent une grande maison route de Valenciennes à quelques dizaines de mètres de l'usine " Gevaert " ou à travaillé mon Grand Pèreun ancien mineur du Pas de Calais arrivé là avec les péripéties de l'évacuation de la guerre 39/40.

JeanJac54ou55__Sabli_re_Kamchomprez

Dans cette maison je vais vivre les premières années de mon existance sous la garde de ma Grand Mère, mes parents travaillent tous deux,ma Mère chez Gevaert et mon Père à la sablière de Canchomprez. ( Là aussi il y a un train ! En voie de 60 certes, mais un train quand même.... )

Le jardin est pour moi un gigantesque terrain d'aventures et de découvertes avec ses arbres gigantesques, les poules, les lapins.... le jardin ! Justement parlons en du jardin... il se situe à l'endroit même ou se trouve aujourd'hui la salle des Sports de Pont à Marcq, c'est dans cette salle que se déroule, depuis 1998 l'expo Festirail, et au bout de ce jardin ...? Miracle ...!

Des trains...! Que dis-je...? Une Gare...! Plus encore, les débords de cette gare, avec de vieux wagons, de vieilles locomotives et tout un tas de choses interdites aux enfants. Pourtant de temps en temps, quand les grands ne regardent pas, nous faisons avec un camarade de mon âge quelques explorations dans un vieux wagon désaffecté. Un peu plus loin stationne une locomotive promise à la ferraille, dérrière celle ci comme prêtes au départ, il y a quelques vieilles voitures àAutorail portières latérales.

Souvent il nous arrive d'aller jusqu'à un batiment qui abrite un viel autorail,( Cet édifice a été transformé en vestiaires pour le stade ) et j'apprendrai bien plus tard que l'engin en question n'est autre qu'un Autorail Billard, un A 75 D pour être précis, il a du lui aussi finir sa vie à la ferraille, et j'ai mis des années avant d'en trouver un modèle réduit correct.

Mes Grands Parents Maternels, eux, habitent Toumignies, enfin Avelin où, plus précisément, ma Grand Mère tient le café du Roseau, au carrefour des routes d' Avelin, de Mérignies, de Tourmignies et d'Attiches. Comme par hasard, à quelques dizaines de mètres de la Gare, et là aussi, je vais de temps en temps lors des vacances scolaires passer quelques jours. Mon Grand Père est tourmigniesalors Chauffeur à la fabrique de voitures d'enfants Masquelier à Attiches et les deux frères de ma Mère travaillent à la Sucrerie Béguin à Thumeries. Là aussi il y a le PP, que je vois passer régulièrement. Je le vois encore arriver de Mérignies et peiner à grands renforts de panaches de fumée pour grimper la rampe qui le mène jusqu'à la gare.

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Aujourd'hui, la gare de Raimbeaucourt est devenue un parterre de fleur, celle de Tourmignies a disparue elle aussi, le café du Roseau est devenu un Bar de Nuit, Discothèque ou je ne sais quoi, le jardin magique de Pont à Marcq a fait place à la Salle des Sports. le chemin de fer du PP a été désarmé et a laisser s'installer un chemin de randonnée....?

Et nous, nous réveillons bien tard, comme un peu partout, pour sauver ce qui peut l'être...

Heureusement nos mémoires sont, elles, bien vivantes, et nous nous devons de les partager et de les transmettre.

A ce jour j'ai 59 ans, je n'ai plus besoin de vous dire que je suis passionné par les trains et par tout ce qui s'y rapporte et je collectionne livres, cartes postales et bien entendu les modèle réduits du monde ferroviaire.

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Ah ! j'oubliai, je conduis aussi des trains...! enfin un petit train touristique en voie de 60, mais... à vapeur...! et cela à Rillé un petit village entre Tours et Saumur. J'y vais quand j'ai un peu de temps et j'aurai peut-être l'occasion de vous en parler un jour....

Nombre de mes amis me demandent parfois d'ou me vient cette passion pour les trains....?

Je leur répond non sans une certaine nostalgie et un brin d'ironie :

" Je suis tombé dedans quand j'étais petit "